Vous qui passez sans me voir

BELGIQUE › BRUXELLES - 1999-2000

Frédéric Pauwels

« Lorsqu’on se retrouve dans la rue, ignoré de tous, parfois repoussé des autres, on se pose la question : Que faire ? Vivre ? Survivre en se demandant si le monde qui nous entoure sait ou ne sait pas encore qu’il peut s’écrouler, à n’importe quel moment ? »
Eddy, SDF de 30 ans.

Qui sont ces gens qui hantent nos rues, assis sur le trottoir, un gobelet en carton posé devant eux ou tendu vers notre bien hypothétique générosité ? Pour un peu, on dirait qu’ils font tache en affichant ainsi leur misère. La situation des sans abri est difficilement tolérable dans une société comme la nôtre, prétendument évoluée.
De jour comme de nuit, le Samu social devenu le Casu, se révèle depuis 1999 comme un outil indispensable, ambitieux, et…dérangeant aussi, pour lutter contre la grande exclusion. Cette équipe mobile qui, au début et à la fin de chaque nuit, circule près des gares et  dans le quartier de squats pour rencontrer les plus démunis qui n’ont plus aucun lien avec la société, qui ne prennent même plus la peine d’appeler au secours. En outre,  les « Médecins du Monde » assurent une permanence quotidienne dans les locaux du Casu pour ces naufragés,  enracinés dans l’exclusion, qui ne se rendent même plus dans une maison médicale ou qui n’ont plus conscience de la dégradation de leur état.

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De jour comme de nuit, le Samu social devenu le Casu, se révèle depuis 1999 comme un outil indispensable, ambitieux, et…dérangeant aussi, pour lutter contre la grande exclusion. Station de métro de Brouckère à Bruxelles. Des SDF se partage leur territoire et mendient à tour de rôle. Monsieur D s'endort dans la salle à manger du Samu Social. Depuis des mois, le personnel du Samu l'invite à occuper un de leurs lits. Monsieur D préfère dormir la nuit sur son banc dans un coin de la pièce. Un SDF montre la photo de sa fille qu'il n'a plus vue depuis des années. "Chaque nuit, je pense à elle! C'est ça qui est trop dur!, c'est la nuit que je dois supporter!" José est soutenu par Eric et Sophie, tous trois SDF. Il vient d'accepter de prendre une douche. La première douche depuis trois semaines. José, après la douche, va recevoir de vêtements propres de la part de l'équipe du Samu Social. Grâce aux dons des gens du quartier, certains SDF retrouvent une certaine dignité avec des vêtements propres. Bouglione" faisant la manche sur le pas d'une porte en face de la Bourse de Bruxelles. Il fait -6° dehors! Eddy, 30 ans a erré depuis un an sur les trottoirs de la ville, dans les gares et les squats. Aujourd'hui, il a décidé de s'en sortir. "Prends-moi en photo! Parle-en dans les journaux!" Dans le cabinet de Médecins du Monde, Amar, originaire du Bangladesh, a été victime d'une agression causée par certains policiers de la Gare. Ampelio Ghislain, le chauffeur du Samu Social, rase les cheveux de Jonathan envahis par les poux. Son grand frère assiste à la scène à côté de lui. Un moment de soulagement pour José. Cette nuit, il a réussi à avoir un lit dans le dortoir du Samu Social. Le lendemain, il va falloir à nouveau rappeler le numéro gratuit du Samu pour avoir à nouveau un lit. Le lendemain matin, les draps des SDF sont mis dans des sacs pour être lavés et désinfectés. En été comme en hiver, les conditions de survie sont difficiles. "En été, les gens nous ignorent et la plupart des centre d'accueil de nuit sont fermés!" confie Sophie Il est passé 23h00! L'équipe mobile du Samu Social descend dans le métro à la rencontre des plus démunis. Dans les locaux du Samu Social, "Patou" pense à sa famille. La dépression est souvent une cause du désespoir du SDF. José, après la douche, va recevoir de vêtements propres de la part de l'équipe du Samu Social. Grâce aux dons des gens du quartier, certains SDF retrouvent une certaine dignité avec des vêtements propres. Un SDF victime de la violence de la rue. "Dans la rue, ton seul ami, c'est toi-même!" Monsieur D. place sur la table ses objets de valeur: un briquet, ses papiers d'identité, un canif et ...son dentier. A l'entrée du Samu Social, Sophie retrouve son compagnon qui avait disparu depuis trois jours. Eric a été hospitalisé après une violente crise d'épilepsie dans la rue. « Lorsqu’on se retrouve dans la rue, ignoré de tous, parfois repoussé des autres, on se pose la question : Que faire ? Vivre ? Survivre en se demandant si le monde qui nous entoure sait ou ne sait pas encore qu’il peut s’écrouler, à n’importe quel moment ? » Cette phrase écrite sur un ticket de tram m’a été confiée par Eddy. Dans le cabinet de Médecins du Monde, le médecin souvent bénévole consulte un SDF. La bande d'Eric, José et Sophie dans les locaux du Samu Social. Consultation dans le cabinet de Médecins du Monde. Cet homme présente des symptômes graves. Il craquera devant nous quelques minutes plus tard! Dans le cabinet de Médecins du Monde, Marie Bruyns essaie de soigner des graves blessures infectées. La gangrène semble avoir gagné du terrain. Sans soins, seul l'amputation peut sauver cet homme. "Patou" et son compagnon de rue. Cet hiver sera rude et plusieurs de ses compagnons SDF ne passeront pas l'hiver. "Tony" met l'ambiance au Samu en chantant et en dansant. Derrière lui, c'est le désespoir pour Eddy. Dans la Gare du Nord de Bruxelles, quelques sans-abri s'endorment sur les bancs du hall d'entrée. Ils recevront de la part de l'équipe mobile du café et quelques tartines avant d'être expulsés par le personnel de la Gare.
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